L’homme et les nouvelles technologies, chapitre 1 : Un homme presque parfait.

christianEn 2010, Cécile Denjean a réalisé pour Infrarouge et France 2, le documentaire « Un homme presque parfait ».

Dans ce film, elle présente les dernières prouesses de la médecine « mécanisée » : les prothèses, les implants, un bon aperçu de ce qui se fait de mieux pour réparer, voire améliorer l’humain.
On montre des membres artificiels, puis tout ce qui touche au cerveau bientôt connecté à l’informatique et à une flopée de capteurs qui dépasseront nos yeux, nos oreilles. On termine avec les avancées en matière de gestation et tout ce qui touche à la procréation.

On s’interroge de manière assez ouverte, sur cet homme du futur, qui émerge aujourd’hui et que nous côtoierons ou même que nous serons dès demain. On prend ainsi conscience de la révolution en marche, de ses possibilités, de ses dangers. En tout cas que ce soit bien ou mal, la science avance et ouvre des perspectives assez incroyables. De nombreux intervenants posent alors des questions très justes sur l’homme, sur le sens de la vie, c’est vraiment bien construit.
Il revient sans cesse ce dilemme : ce qui répare permet aussi d’améliorer, de faire autre chose et plus que de l’humain.

Je vais profiter de la présentation de ce film que j’adore pour aborder cette question des nouvelles technologies appliquées à l’homme, cette science fiction contemporaine à laquelle nous assistons. Préparez-vous à un bon gros mindfuck :

Ce film a l’avantage d’être assez au point et encore relativement récent sur un sujet qui exige d’être à jour tant l’évolution de ces technologies est rapide.

Plusieurs réflexions proposées m’ont beaucoup intéressé :

  • Ce qui est conçu pour réparer un handicap est aussitôt mis au service d’une médecine d’amélioration et la technique tend à rendre l’organe artificiel meilleur que l’organe d’origine.
    On pourra bientôt choisir de vivre dans un corps partiellement amélioré. C’est l’étape qui suit les électrodes pour muscler le corps et la liposuccion. Le nouveau niveau de la flemmardise sportive : se payer un corps d’athlète par le biais de prothèses. On a d’ailleurs déjà des prothèses esthétiques de fesses ou de seins. La différence sera que les prothèses seront bientôt motrices et pourront donc concerner les jambes, les bras, n’importe quel muscle ou articulation. On peut même imaginer des extensions diverses qui dévieront complètement de l’apparence humaine.
  • L’arrivée des cyborgs ne sera pas clairement visible mais très progressive. Cela commencera par un capteur visuel ou auditif et se diversifiera petit à petit. Il n’y aura pas de frontière nette et précise. Qu’on trouve ça bien ou mal, on y assistera, sans doute de notre vivant.
    De la même manière que le téléphone portable s’est démocratisé, je pense que ces nouvelles technologies seront au moins partiellement accessibles au plus grand nombre. Tout dépend de leur coût de production, et d’implantation selon les cas. Les marchands de ces technologies chercherons à atteindre un public large avec comme pour tout marché une qualité variable selon le prix.
    Quand j’aborde cette question dans mes classes, on note généralement un rejet massif de la part des jeunes. Je leur fais alors remarquer que 99% d’entre eux sont équipés des derniers smartphones. Ils n’ont en pratique aucune réserve vis à vis de la technologie et en sont des consommateurs assidus.
    Je me projette alors en situation face à ce choix : J’ai une très mauvaise vue. On me propose aujourd’hui de porter des lunettes pour corriger ce défaut de mes yeux naturels. Je peux aussi mettre des lentilles, un dispositif plus sophistiqué et intrusif, mais qui remplit la même fonction. Je pourrais même aujourd’hui recourir à une opération chirurgicale très pointue visant à corriger le défaut de manière permanente, en touchant à l’organe, en modifiant la cornée.
    L’étape suivante sera logiquement de remplacer l’ensemble du globe oculaire par un capteur artificiel plus performant. A quelques problèmes de connectiques et d’acceptation biologique près, la technologie le permettrait déjà. On peut alors imaginer une vue plus performante que la norme, avec zoom, des capacités visuelles multiples avec par exemple la possibilité de voir au delà de la lumière visible, ou dans l’obscurité !
    Sur le sujet, je vous invite à lire cet intéressant article qui compare l’oeil humain aux appareils photos actuels.
    Alors pourquoi pas ? Personnellement, ne plus porter de lunettes me simplifierait grandement la vie. Où se situe la limite de ce qu’on est prêt à accepter ? On accepte déjà beaucoup sans s’être jamais posé la question. Pour moi la question se pose essentiellement en terme de prix et de fiabilité de la technique.
    Ce qui me semble beaucoup perturber les gens, c’est le coté « interne », contrairement aux lunettes qui restent à l’extérieur du corps. C’est un autre aspect qui me freinerait bien davantage : celui abordé dans la série Black Mirror. Cette série britannique de science fiction propose des histoires autour de ces nouvelles technologies et pose notamment le problème de l’organe connecté et capable d’enregistrer des données.
    L’intrusion extérieure, la modification profonde de nos rapports aux autres ne me tentent pas spécialement.
  • On peut considérer que c’est notre cerveau qui fait la singularité de notre espèce. Avec les connections au cerveau, on se lance dans des possibilités révolutionnaires qui vont rapidement bouleverser l’espèce et les relations de dominance en son sein.
    Le cerveau pourra être assisté par des dispositifs annexes, en terme de mémoire et de puissance de calcul, peut être même d’assimilation, de capacité d’imagination. On peut envisager que l’ensemble soit plus performant avec des possibilités incroyables, assez difficiles à concevoir.
    Son interaction avec l’extérieur sera également modifiée si on parvient à le connecter directement au réseau. On peut imaginer de nouveaux modes de communication, d’échanges sensoriels.
    Le sujet est vaste et la science fiction l’explore beaucoup. Mes références sont surtout cinématographiques, mais j’ai l’impression qu’on est loin du compte vis à vis de ce que la réalité nous prépare.
  • On évoque dans le film un remplacement de l’espèce par une nouvelle « comme Darwin l’a démontré », mais il me semble que c’est une erreur. L’espèce humaine n’est depuis bien longtemps plus soumise à la sélection naturelle comme peuvent l’être des espèces animales.
    L’ensemble des individus atteignent sans trop de peine l’age de se reproduire et il n’y a plus de sélection génétique de ce coté là puisque tout le monde se reproduit ou presque.
    Ce qui perdure en revanche, ce sont les relations de dominances, et celles-ci vont s’accentuer encore davantage avec ces nouvelles technologies. Aujourd’hui comme demain, le dominant n’empêchera pas son semblable dominé de se reproduire, c’est même tout le contraire si on en croit Idiocracy (non mais t’as vu les références scientifiques de l’auteur de ce blog, au secours)
    On pourrait me rétorquer que ces nouveaux humains ne seront justement plus semblables aux autres… certes mais de là à les exterminer… à voir.
    En tout cas, l’avantage de ressources à la naissance se traduira en un apport technologique qui boostera les possibilités biologiques de l’individu et qui démultipliera l’avantage déjà considérable du capital, de l’éducation, etc.
    La perméabilité des classes sociales est déjà majoritairement un mythe dans un monde capitaliste néo libéral. Le capital rapporte aujourd’hui plus que le travail et rares sont les individus qui renversent les inégalités de leur naissance. Je crains que si on ne change pas de règles du jeu, demain les puissants bioniques écraserons encore davantage le reste du monde, easy. Dans la logique actuelle, toute la société les y incitera.
    Le film aborde d’ailleurs aussi la question du handicap de celui qui décide de ne pas suivre cette évolution, vis à vis des améliorés. La pression sociale de suivre la marche du progrès, qui ne laisse finalement que très peu de choix !
  • La vie est tissée de hasard et a une fin. Si on enlève le hasard et la fin, on enlève le sens de la vie. Ceci fait référence au fait qu’on peut désormais sélectionner le patrimoine génétique d’un individu avant sa naissance, dans les moindres détails. Le choix rationnel est d’autant plus discutable, qu’il tend à normaliser les individus dans un but de productivité, de compétitivité. On y perd en diversité, en humanité et on peut y voir une nouvelle forme de fascisme.
    Le film montre qu’on pourra bientôt faire naître des humains par gestation prise en charge du début jusqu’au terme en laboratoire.
    Des femmes « libres » de poursuivre sans interruption leur carrière professionnelle et en évitant les désagréments physiques de la grossesse.
    Le lien que permet la gestation entre la mère et son enfant est pourtant primordial au développement de l’individu et à l’attachement du parent, mais qui sait ce qu’on trouvera pour le simuler.
    D’autre part, en décodant les mécanismes du vieillissement et en étant capable de renouveler certaines parties du corps, on tend à retarder la mort, avec l’immortalité en ligne de mire. C’est possible et on y assistera sans doute dans un futur proche, avec toutes les questions éthiques que cela soulève.
    C’est un tas de sujets qui s’enchaînent plus passionnants les uns que les autres.
  • Le film se projette assez justement en suivant les logiques actuelles de nos sociétés à travers de très bons intervenants.
    Un superbe montage montre le culte de la personnalité, de l’apparence.
    Et on pose des questions ouvertes :
    Que veut-on faire de l’humain ? Qui orientera l’utilisation de ces nouvelles technologies ? Les politiques, les marchands ? et pour faire quoi ?
    Si la robotique se développe surtout au service de la production et la vente de services, de produits de consommation, en sera-t-il de même pour l’humain amélioré ?
    L’individu cherche à satisfaire ses désirs. De quoi rêve-t-on aujourd’hui ?
    De travailler plus pour gagner plus ?
    D’avoir trop le swag ?
    D’écrire en moins de 10 heures des putains d’articles qui retournent même les cerveaux améliorés ? 😉
    Ou autre ?
    monique
    Je me suis un peu perdu dans la multitude de sujets soulevés par ce film, j’ai eu du mal à trouver une structure parfaitement satisfaisante et il me reste un millier de choses à dire mais c’est déjà assez brouillon. Vos commentaires sont les bienvenus comme toujours. J’espère que ce film vous fera réagir.

 

Ce sujet est très vaste et je le compléterai au moins dans un second volet en présentant quelqu’un qui m’a beaucoup inspiré ces derniers temps et qui aime parler du rapport de l’homme à la technologie 😉

2è partie : L’homme-et-les-nouvelles-technologies-chapitre-2-alain-damasio

2 réflexions au sujet de « L’homme et les nouvelles technologies, chapitre 1 : Un homme presque parfait. »

  1. Je ne connaissais pas du tout le sujet donc ça m’a permis de le découvrir et de tomber un peu des nues, je dois dire que je reste sceptique, tout ça me paraît encore tellement loin ! La vidéo était très bien, Infrarouge fait des bons trucs souvent.
    Et pour l’article suivant, c’est Damasio ? 😉

    • aaaah, je l’attendais ce commentaire !
      Ouais y’a beaucoup de choses déroutantes qui sont déjà en oeuvre, et la recherche dans ces domaines fait des avancées qui permettent d’envisager très sérieusement un futur complètement hallucinant.

      Et Oui c’est bien entendu Damasio, cette vidéo en particulier est une mine d’or : https://www.youtube.com/watch?v=Lt8U0xCTMSE

      J’hésitais avec Romain G. mais il tarde à publier du contenu 😉

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