On vaut mieux… certes, mais qu’est ce qu’on veut changer et pourquoi ?

La réforme El Khomri est-elle l’excès de trop ?

13112516_10208000524284799_919634587_oDans le genre gros flag :
Quand un gouvernement « socialiste » se fait écrire ses lois par le Medef, puis les impose de manière totalitaire, la supercherie habituelle commence à montrer ses limites.
Certains ont cru à l’alternance avec François Hollande, j’imagine qu’ils doivent être déçus, mais c’était pourtant prévisible : Le PS est un parti capitaliste, néolibéral, avec tout ce que ça implique. Ce qu’il fait là correspond à son plan. (et oui, il ment beaucoup sur ses intentions en période électorale ! mais quelle surprise !)

L’utilisation abusive de l’état d’urgence, l’orchestration de la violence pour casser la mobilisation en matraquant, gazant, emprisonnant à tout va, sont autant de signes qui montrent la véritable nature et le rôle du PS : celui de poursuivre la déconstruction des acquis sociaux, là où le parti précédent les avait laissé. Les relais de l’oligarchie capitaliste se succèdent, la stratégie fonctionne. Le verrou médiatique est bien en place et ce qui se passe est légitimé par la plupart des spécialistes que vous entendrez sur le sujet.

Comme le dit Lordon, le PS, c’est la pire des politiques de droite, avec l’anesthésie en prime. L’anesthésie d’une population qui croit avoir un gouvernement « de gauche », au sens qu’on veut bien encore donner à ce terme.
Car c’est le début du problème : on a complètement dénaturé le sens des mots, et on est le plus souvent incapable d’exprimer correctement quel est le malaise qu’on ressent et quelles en sont les causes.
C’est un peu ce qui m’a poussé à écrire cet article : Je constate que la plupart des gens avec qui je discute ne sont pas contents de la soupe qu’on leur sert, mais pour ce qui est de cibler précisément les problèmes pour se projeter vers autre chose, c’est souvent le grand flou artistique… et ça m’inquiète pas mal sur quelle solution populiste ils seraient prêts à suivre.

on est a gros

C’est aussi le problème de la mobilisation sans perspective et sans projet. Le rapport de force perpétuel où des individus se sacrifient parfois énormément, pour les quelques miettes que le capital veut bien nous laisser.
Je veux qu’on se réapproprie tout, tout de suite et ceux qui ne sont pas d’accord parce qu’ils n’ont rien compris, qu’ils ont peur ou qu’ils auraient à y perdre, je les emmerde.

Bon alors je suis pas infaillible non plus, mais je sais pourquoi ce système me dérange aujourd’hui et pourquoi la direction qu’il prend est franchement inquiétante au vu des bouleversements sociétaux à venir. J’ai aussi fait mon choix parmi différents projets alternatifs, pour celui qui me semble le plus réaliste et le plus souhaitable.

Dans une société du spectacle où l’analyse se perd dans l’information, dans l’abondance et la distraction, il faut vraiment se prendre une bonne grosse mandale en pleine gueule pour amorcer un début d’attention et de réaction.
Il semble en tout cas qu’on ait là un début de réveil, alors définissons clairement ce qui pose problème et orientons notre colère naissante vers un projet sympa, pendant que le gouvernement continue à mettre des baffes pour nous stimuler. Il est hors de question de se laisser assommer encore davantage ou de céder à la force.

Revenons au commencement : Quel est le problème ?

Dès le départ, ce projet de loi apparait comme une régression encore plus forte que les précédentes, en même temps, on n’avait pas bronché jusque là.
Le fond est alors décortiqué et largement critiqué. On voit naitre bon nombre de démarches pédagogiques qui vont expliquer très bien le fond du problème et aller très loin dans l’analyse. Celles-ci sont menées par exemple par des vidéastes bien connus, qui avaient déjà construit une belle critique du capitalisme à travers leurs vidéos depuis plusieurs années. Voici les incontournables au cas où vous seriez passés à coté de l’un ou de l’autre :

Danycaligula : Traite des questions de sociologie, ici une série sur le travail.

 

Bon voilà, je pourrais en citer d’autres comme, bonjour tristesse, Osons causer, horizon gull…

Histony aussi, c’est bien cool : traitement de ces problématiques avec l’angle historique. C’est très bien raconté et expliqué.

Et bien, sûr, il y a la chaine d’Usul, qui fait un travail de fond merveilleux.

La presse aussi papier ou en ligne, avec le monde diplomatique, Fakir, reflets

Bref, on vit une époque où c’est vraiment devenu simple de s’instruire et de déconstruire la propagande capitaliste. Le contenu est là, il est accessible, varié, ludique. Y’a tout ce qu’il faut pour s’émanciper. Paradoxalement, ma génération doit être celle qui a été la plus noyée sous les messages publicitaires, sous l’information à sens unique et la culture individualiste. C’est donc sans doute la plus soumise aussi, partenaire efficace de sa propre aliénation. J’ose rêver qu’internet change un peu la donne… à moins que ce soit tout le contraire et qu’il nous soumet encore davantage, je ne sais pas trop. Aujourd’hui en tout cas je veux garder espoir.

Ah oui, et y’a le blog à Lordon aussi, la base. Avec par exemple ce superbe échange :

Résumé du problème en quelques points, une remise en cause du capitalisme :

  • La propriété privée des moyens de production. Moyens qui vont s’automatiser de plus en plus et donc engendrer une société encore plus fortement inégalitaire et avec un taux de chômage très élevé.
  • Le financement par le crédit qui ponctionne une partie de la richesse produite par le travail pour nourrir des rentes.
  • Le chantage à l’emploi qui maintient un état de soumission permanente et de nombreuses dérives.
  • L’Uberisation de l’économie avec une perte complète des acquis sociaux, qu’on nous présente toujours comme des coûts : Conditions de travail, retraites, santé, éducation…
  • La généralisation de super structures multinationales, qui seront au dessus des états et pourront imposer leurs règles et échapper à l’impôt.
  • Dérives de la mondialisation : compétition exacerbée, problèmes écologiques et sociaux.
  • L’organisation de la production en fonction du seul profit avec des conséquences toujours plus désastreuses pour l’environnement et l’individu. Car nous n’avons que du pouvoir d’achat et aucun pouvoir décisionnel sur la production.
  • La fraude fiscale, qui est une dérive bien réelle du capitalisme. Puisque le but du jeu est de maximiser les profits, tout impôt est une charge à éviter, par tous les moyens. Aujourd’hui les proportions sont telles que c’est tout le financement des états qui est en péril à cause de ce vol gigantesque de richesses, avec la complaisance du monde politique.

Une bonne partie de cette critique n’est pas nouvelle, vraiment pas. En revanche, les nouvelles technologies, en plus de favoriser l’aliénation collective, promettent un futur capitaliste où la classe moyenne rejoindra la classe ouvrière dans une misère partagée et où les inégalités seront invraisemblables. Il me semble que si on va vers ça, la classe dominante sera si isolée du reste de la population qu’elle devra de plus en plus avoir recours à la force. #état d’urgence
C’est fort possible que cette classe dominante future aura tous les moyens matériels et technologiques pour imposer sa domination. Une fiction comme Elysium me parait viser assez juste en terme d’inégalités sociales futures.

Alors agissons, maintenant. Ne soyons plus la masse qui se laisse berner. Ne soyons plus la majorité qui ne consent pas mais reste passive face à une classe dominante minoritaire mais très active et organisée.  Ne laissons plus faire. Donnons-nous les moyens politiques de nos aspirations.
Notre envie, il me semble que ça devrait être ça :

Le salaire à vie selon Bernard Friot.

Voici ce qui me parait être la solution la plus intelligente et la plus aboutie à ce jour.
Dans cette conférence d’une quarantaine de minutes, suivie d’un échange de questions-réponses, Bernard Friot et Usul nous apportent encore des éléments supplémentaires pour déconstruire la propagande capitaliste.

Je vais essayer de résumer son propos, en essayant de pas dire trop de conneries, mais le mieux c’est encore de regarder la vidéo.

Il commence par dissocier le travail de l’emploi. La création de valeur économique n’est plus le seul déterminant pour définir le travail.
On sort ainsi du chantage à l’emploi et on valorise le travail domestique ou associatif.

Il nous explique les différentes violences sociales et anthropologiques que nous subissons :

Alors que nous sommes ceux qui créons la valeur, nous sommes réduits au rang de « demandeur » d’emploi, sur le « marché » du travail.
On nous jette du pouvoir d’achat comme à des chiens.

 

Se gardant bien de nous donner du pouvoir réel.

Le crédit est montré pour ce qu’il est, c’est à dire un moyen pour le capitaliste de ponctionner une partie de la valeur produite par le travail, contrairement à l’investissement par la subvention qui pourrait très bien le remplacer.

Du point de vue capitaliste, la santé et l’éducation sont des « dépenses » et sont supposés ne pas produire de valeur, car elle n’est pas économique.

Tout cela et bien plus encore, notamment un projet ambitieux : celui du salaire à vie, pour tous.

émanciper le travail

C’est l’idée qu’on peut socialiser la richesse produite par notre travail, pour se l’approprier complètement et ainsi l’extraire totalement de l’emprise capitaliste, qui la parasite. On se débarrasse du capitaliste en gérant soi même l’investissement par la subvention et en interdisant la propriété privée des moyens de production.

La production serait alors complètement gérée par des ensembles bien plus démocratiques, avec des buts qui seraient plus réfléchis et plus sains.

On permet aussi à chacun de vivre décemment, et on se débarrasse de la charge intolérable des salaires, primes ou dividendes hors normes.

Le salaire est alors lié à la qualification professionnelle, et plus à l’emploi.
Le système s’accompagne de différents niveaux de qualification et de salaires, selon les besoins de tel ou tel secteur.
On supprime 2 marchés : celui du travail et celui des capitaux.

Nous l’avons déjà fait pour la santé, pour l’éducation, et dans une certaine mesure pour la SNCF, EDF, etc. ça a très bien fonctionné, et ça fonctionne encore très bien à condition d’y laisser les moyens. Au contraire, il a été prouvé que la gestion par le secteur privé coute plus cher, puisqu’il faut alors dégager des bénéfices. Pour la santé par exemple cela donne aussi lieu à un système beaucoup plus inégalitaire dans la qualité de la prestation.

Je suis fonctionnaire moi-même, bénéficiant du salaire à vie, et c’est ce que je rétorque à tout ceux qui me jalousent : Si mon statut vous plait, exigez-le ! C’est possible.

Le confort de pouvoir faire son travail du mieux qu’on peut, sans se soucier de la pérennité de sa situation et sans faire de compromis vis à vis de ce qui nous semble être juste.
En débutant dans mon métier, j’avais cette image du prof glandeur, véhiculée par la société, j’ai finalement pu voir que les gens sont globalement très impliqués et consciencieux de bien faire, peu importe que ça leur soit imposé ou non. Simplement parce qu’ils aiment leur métier et se responsabilisent eux même.

Il y a aussi une conséquence que je trouve magnifique :
Quand on n’est plus obligé de penser son activité en termes de profits et de rentabilité seule, on va directement tenir compte des externalités négatives pour les éviter. Une externalité est une conséquence liée à une activité économique, qui n’est pas prise en compte par le marché. C’est le cas par exemple de certaines pollutions. Cette vidéo de stupid economics sur le sujet vaut le détour.

Ce n’est pas du tout le cas en système capitaliste qui au contraire, incite à réduire les coûts à tout prix, à mettre les gens en concurrence et sous pression et donc à mal se comporter. Se passer du capitalisme ne supprimera pas les connards, mais permettra de ne plus voir tout un tas de comportements nocifs induits par lui.

Ce projet, c’est véritablement celui d’un autre monde. C’est sortir de la simple logique production-consommation. Puisqu’il n’y aurait plus de volonté de vendre toujours plus, c’est aussi l’occasion de se débarrasser de la publicité, de l’obsolescence programmée etc.
On peut envisager la décroissance et de manière générale une gestion des ressources plus raisonnée.

On notera d’ailleurs que la publicité est aujourd’hui financée par un impôt considérable qui pèse lourdement sur l’économie, puisqu’elle est répercutée sur le prix des produits, alors que Friot imagine de vendre les produits à prix coutants, mais sans supprimer le marché pour autant.

Ce que j’ai adoré dans cette vidéo, c’est que Friot répond justement à certaines questions qui pourrait à première vu faire passer ce projet pour quelque chose d’utopique, avec une confrontation à la réalité qui peut paraître impossible. Les réponses sont pourtant limpides et lèvent ces incertitudes.

Nous n’allons pas sortir de la lutte de classe, mais qui s’exprimera dans une hiérarchie des salaires qui sera plus raisonnable.

La monnaie, les prix, le pouvoir, resterons bien entendu mais s’exprimeront différemment.
Comme le dit aussi Usul, ce projet n’est pas non plus complètement clé en main. Il propose une base solide et bien pensée mais dont beaucoup de questions liées à son application restent à définir, à débattre.

 

Comment gagner la bataille des idées et changer le système ?

Un des problèmes concerne l’opinion publique majoritaire. Je l’ai souligné au début de l’article, le système médiatique impose le discours dominant. La plupart des gens ne savent pas raisonner autrement que par des logiques capitalistes, et tout ce qui s’y oppose est diabolisé ou ridiculisé.
La première chose à faire est donc de diffuser massivement d’autres manières de penser. De montrer en quoi cette logique est fallacieuse, et pourquoi un tel système est la cause de nos problèmes.

Si vous souhaitez participer à ce projet, parlez-en autour de vous, faites par exemple circuler cette vidéo d’Usul, qui comptabilise déjà plus de 500 000 vues :

Aussi, le réseau salariat est l’association qui porte aujourd’hui les idées de Bernard Friot.

Dans un second temps, il faut réclamer le salaire à vie. L’imposer dans les débats politiques et l’obtenir d’une façon ou d’une autre, mais je manque encore d’éléments pour savoir quelle est leur stratégie, ou pour en proposer une moi même.

Leur critique de l’élection présidentielle est en tout cas assez claire, et je ne peux qu’être d’accord avec eux.
La violence qui accompagne la lutte n’est pas non plus ignorée.
La révolution est en marche. Une classe révolutionnaire veut redéfinir le travail. C’est à dire changer le mode de production. La précédente révolution a modifié les rapports de production, faisant perdre son avantage à la noblesse au profit de la bourgeoisie.

L’enjeu est désormais de faire perdre son avantage à la bourgeoisie.

En attendant, y’a une loi à dégager, maintenant. Bougez-vous.

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Une réflexion au sujet de « On vaut mieux… certes, mais qu’est ce qu’on veut changer et pourquoi ? »

  1. Bien sûr que pour le moment la prise de conscience est importante, parce que beaucoup de personnes se trouvent dans la merde, et rame tout seul dans leur barque. Nous avons avec un état providence désappris la solidarité, le collectif, le gratuit le bénévole… Alors je sais que l’on rame à contre courant et que cela est très dur. Mais courage.

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